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Airbnb en copropriété : Attention à la clause d'habitation bourgeoise !

L’eldorado de la location saisonnière type Airbnb fait rêver de nombreux propriétaires. Pourtant, derrière la promesse de revenus attractifs se cache un gardien redoutable : le règlement de copropriété. À l'étude notariale, nous voyons trop souvent des investisseurs déchanter face à une mention juridique précise : la clause d'habitation bourgeoise. Ignorer cette ligne dans votre contrat peut non seulement paralyser votre activité, mais aussi vous exposer à une amende civile pouvant atteindre 50 000 €. Décryptage d’un piège juridique qui ne pardonne pas.

Qu’est-ce que la clause d’habitation bourgeoise ?

Dans la majorité des immeubles anciens ou de standing, le règlement de copropriété stipule que l'immeuble est à « usage d’habitation bourgeoise ». Sous ce terme un brin désuet se cache une règle fondamentale : l'immeuble est destiné à la vie privée et au calme.

On distingue généralement deux nuances :

  • L'habitation bourgeoise exclusive : Toute activité professionnelle ou commerciale est strictement interdite. Seul le logement y est autorisé.
  • L'habitation bourgeoise simple : Elle autorise certaines professions libérales (médecins, avocats), mais exclut toute activité commerciale.

Pourquoi la location Airbnb et la clause d’habitation bourgeoise ne font-elles pas bon ménage ?

C'est ici que le bât blesse. Pour la jurisprudence française, et notamment la Cour de cassation, la location de meublés de tourisme de courte durée (type Airbnb) est souvent assimilée à une activité commerciale, surtout lorsqu'elle est répétée.

Le va-et-vient incessant des voyageurs, les nuisances sonores dans les parties communes et l’usage intensif de l’ascenseur sont jugés incompatibles avec la destination « bourgeoise » d'un immeuble. En clair, si votre règlement contient cette clause, vos voisins ont une arme juridique puissante pour faire cesser votre activité.

Le risque juridique : au-delà du simple conflit de voisinage

Si vous passez outre le règlement de copropriété, le syndicat des copropriétaires peut porter l'affaire devant le tribunal judiciaire. Les sanctions sont lourdes :

  • Interdiction immédiate de louer sous astreinte financière par jour de retard.
  • Dommages et intérêts à verser à la copropriété pour le préjudice subi.
  • Remise en état des lieux si des travaux ont été effectués pour transformer le logement.

Le spectre de l'amende de 50 000 €

Au-delà du conflit interne à la copropriété, l'aspect administratif est tout aussi risqué. Dans les zones tendues (Paris, Lyon, Bordeaux…), la transformation d'un logement en meublé de tourisme nécessite une autorisation de changement d'usage auprès de la mairie.

Si vous louez sans cette autorisation, qui est quasi impossible à obtenir si le règlement de copropriété s'y oppose via la clause d'habitation bourgeoise, vous tombez sous le coup de l’article L. 631-7 du Code de la construction et de l'habitation.

Le saviez-vous ? Le non-respect du changement d'usage peut entraîner une amende civile allant jusqu'à 50 000 € par logement. Une somme qui dépasse bien souvent les bénéfices annuels de la location.

Nos conseils pour investir sereinement

Avant de poster votre annonce sur les plateformes, suivez ces étapes de prudence :

  • Épluchez votre règlement de copropriété : C’est votre bible. Si les termes sont flous, demandez une analyse juridique à votre notaire.
  • Vérifiez le Plan Local d'Urbanisme (PLU) : Les règles municipales complètent souvent celles de la copropriété.
  • Privilégiez le dialogue : Informez le syndic et vos voisins. Une activité transparente et respectueuse limite les risques de dénonciation.

Le droit de la copropriété est complexe et en constante évolution. Que vous soyez un futur acheteur souhaitant valider la faisabilité de son projet ou un copropriétaire subissant des nuisances, notre étude notariale vous accompagne pour sécuriser vos intérêts et éviter les contentieux coûteux.

FAQ

Puis-je louer ma résidence principale sans aucune autorisation ?
Oui, si vous la louez moins de 120 jours par an. En France, votre résidence principale est le logement que vous occupez au moins 8 mois par an. Au-delà de ce délai, le logement change d'usage aux yeux de la loi.
Qu'est-ce que le numéro d'enregistrement et est-il obligatoire ?
Dans de nombreuses communes (Paris, Lyon, Bordeaux...), vous devez obtenir un numéro d'enregistrement sur le site de la mairie avant de publier votre annonce. Il est obligatoire pour que la plateforme puisse valider votre offre.
La copropriété peut-elle m'interdire de poser un boîtier à clés ?
Oui. Les parties communes (hall, grilles, rampes) appartiennent à tous. Fixer un boîtier à clés sans l'accord de l'assemblée générale est considéré comme une appropriation illicite de l'espace commun. Le syndic peut le faire retirer à vos frais.
Dois-je prévenir mon assurance si je fais du Airbnb ?
C'est impératif. Votre assurance "habitation classique" ne couvre pas toujours les dommages causés par des tiers payants ou l'activité commerciale. Vérifiez votre contrat ou souscrivez une extension "location saisonnière".
Mes voisins se plaignent du bruit : quels sont mes risques ?
Vous êtes responsable des nuisances causées par vos voyageurs. En cas de "troubles anormaux du voisinage" répétés, la copropriété peut vous poursuivre en justice et demander la cessation de votre activité, voire des dommages et intérêts.
Puis-je louer une chambre chez moi tout en restant présent ?
Oui, c'est souvent beaucoup plus simple. Les règles sur le changement d'usage ne s'appliquent généralement pas si vous louez une chambre chez l'habitant (votre résidence principale) pendant que vous y dormez.
Qu'est-ce que la taxe de séjour et qui la paie ?
C'est une taxe due par le voyageur par nuit et par personne. Les plateformes comme Airbnb la collectent souvent directement, mais il est de votre responsabilité de vérifier qu'elle est bien reversée à votre commune.
Dois-je déclarer mes revenus Airbnb aux impôts dès le premier euro ?
Oui. Tous les revenus tirés de la location meublée sont imposables. Ils doivent être déclarés en tant que Bénéfices Industriels et Commerciaux (BIC). Des abattements existent selon le régime choisi (Micro-BIC ou Réel).
La copropriété peut-elle voter l'interdiction totale du Airbnb ?
Une assemblée générale ne peut pas interdire la location saisonnière à la majorité simple si le règlement ne le prévoit pas, car cela touche au droit de propriété. Cependant, une modification du règlement de copropriété est possible sous certaines conditions de majorité très stricte (unanimité si cela porte atteinte à la destination de l'immeuble).
Les voyageurs ont-ils le droit d'accéder à la piscine ou à la salle de sport de l'immeuble ?
Sauf mention contraire dans le règlement de copropriété, les locataires ont les mêmes droits d'usage que vous. Toutefois, si le règlement réserve ces équipements aux "résidents permanents", l'accès peut leur être refusé.
Mon règlement de copropriété est vieux, est-il toujours valable ?
Oui. Un règlement de 1950 s'applique toujours. Les tribunaux interprètent les termes anciens (comme "bon standing" ou "tranquillité bourgeoise") pour juger si le Airbnb est compatible avec l'esprit de l'immeuble.
Est-ce que je dois installer des équipements de sécurité spécifiques ?
Comme pour toute location, vous devez obligatoirement installer au moins un détecteur de fumée (DAAF) normalisé. Il est aussi fortement conseillé de laisser un extincteur et les numéros d'urgence bien en vue.